Archives de catégorie : Articles

Articles écrits par Dominique Banizette (ou autres)

Les 3 régulations, descriptif des premières étapes dans l’apprentissage du Qi Gong

qi gong l'école du qi serie 2-1

 

Régulation de Xing : la forme corporelle

L’objectif est la prise de conscience et le repositionnement, si c’est nécessaire, de la structure corporelle

  • placement des pieds sur le sol et du poids sur les pieds
  • placement et mobilisation des genoux, des plis de l’aine, du bassin et de la ceinture scapulaire,
  • placement de la tête,
  • placement et prise de conscience de l’axe, du dos, …

Ceci à l’aide

  • d’exercices préparatoires,
  • d’exercices pédagogiques
  • de l’apprentissage de séries de Qi Gong des plus simples aux plus complexes
  • d’un travail  postural de difficulté croissante

Régulation de Xin : la pensée émotionnelle

L’objectif est d’apaiser les pensées et d’obtenir le calme de l’esprit et des émotions par

  • le développement de Yi, l’intention, le propos
  • le placement de l’attention
  • le renforcement du centre et des racines terrestres
  • le déblocage du diaphragme,
  • la mobilisation et détente de la poitrine et de la ceinture scapulaire

Ceci à l’aide   

  • Du placement des points de concentration et des visualisations pendant la pratique en mouvement
  • De la pratique de la méditation en silence de plus en plus calmement
  • De la pratique des postures de plus en plus agréablement et longuement
  • D’exercices de déblocages du diaphragme
  • D’un travail spécifique sur la ceinture scapulaire
  • De la pratique de l’assise avec visualisation pour renforcer le Yi

Régulation de Xi : la respiration

L’objectif est de redonner au système respiratoire toute ses capacités et toutes ses possibilités afin

  • de pouvoir ajuster le geste et la respiration
  • d’apaiser l’esprit
  • de nourrir l’énergie, le sang et les organes

Ceci à l’aide

  • D’exercices de déblocage du diaphragme
  • D’un travail spécifique sur la respiration
  • De l’apprentissage de différents  types de respirations : bouddhiste, taoïste, …
  • De la pratique dans la fluidité et la détente
  • De la pratique de l’assise en silence de plus en plus calmement et longuement

← retour page précédente

Genèse du Yang Sheng Ba Shi par Dominique Banizette

Je sais intimement, pour l’avoir vécu moi-même et le vivre encore, et pour le voir depuis de nombreuses années chez mes élèves, que la pratique des arts internes chinois amène un remodelage profond de la structure corporelle et du fonctionnement global de la personne. Ceci, grâce à : une répartition judicieuse de la tonicité musculaire, une liberté retrouvée de la fluidité articulaire, un apaisement et une clarification de l’esprit, une sérénité émotionnelle bien établie, une libération des entraves à la fonction respiratoire et une augmentation du niveau énergétique de la personne.

decamille_0456-2En 2009/2010 j’ai eu l’occasion, par l’intermédiaire de stages organisés pour ses enseignants par la FEQGAE (fédération de Qi Gong, art énergétique), de travailler avec Benoît Lesage sur le thème « un corps conscient, un corps à construire ». Dans ces stages ont été abordées de nombreuses techniques allant de l’eutonie gestuelle de Gerda Alexander, au Feldenkrais, en passant par une approche des chaînes musculaires de Godelieve Struyf Denys. Durant ces stages, Benoît Lesage nous a fait pratiquer couchés, assis ou debout, de très nombreux exercices issus de ces différentes techniques afin de conscientiser les tensions corporelles et de réharmoniser l’ensemble de la structure corporelle.

Or, plus j’avançais dans la compréhension de ces techniques et en particulier dans la compréhension des chaînes musculaires, plus j’étais étonnée de voir à quel point les exercices mis en place par ces différents thérapeutes pour rééquilibrer la structure corporelle étaient proches, voir conformes, aux mouvements pratiqués dans les différentes séries de Qi Gong que je pratique depuis de nombreuses années. J’étais émerveillée par l’éclairage qu’apportaient des techniques occidentales performantes mais récentes, aux pratiques chinoises, et je réalisais pleinement combien cette pratique pluri millénaire est intelligemment construite pour réharmoniser, rééquilibrer et fluidifier la structure énergétique au travers de la structure corporelle.

Les chaînes musculaires correspondent à des tensions qui s’inscrivent dans la structure corporelle, et engagent un ensemble de muscles. Ces tensions se propagent sur une longue distance englobant la totalité de la personne. Souvent sans conséquences majeures elles peuvent parfois être très handicapantes. Ces mises en tension des chaînes musculaires entravent non seulement le fonctionnement harmonieux du corps mais induisent un comportement émotionnel et social particulier à chacune d’entre elles.

A la lecture de ces chaînes musculaires, une nouvelle grille de compréhension de ma pratique m’est apparue et, comme je le disais précédemment, j’ai eu une conviction intime que la pratique du Qi Gong, dans son approche corporelle et énergétique, était idéalement construite pour amener un  rééquilibrage des chaînes musculaires.

J’ai donc essayé d’en comprendre un peu plus sur ces fameuses « chaînes ». La lecture des livres de Godelieve Struyf Denys, Philippe Campignion et Léopold Busquet a confirmé mon ressenti premier. Ces livres m’ont également fait pressentir qu’un lien pouvait s’établir entre les chaînes musculaires et les merveilleux vaisseaux qui sont les méridiens qui établissent la structure énergétique dès les premiers jours de la conception et qui la maintiennent tout au long de la vie. Et que la mise en place de tensions dans une chaîne musculaire pouvait certainement avoir un impact sur la fonction du merveilleux vaisseau associé.

J’en étais là de mes réflexions, quand un jour d’Octobre 2010, alors que je pratiquais chez moi et pour moi le Tai Ji Qi Gong de Jiao Guo Rui qui est la série de référence de ma lignée   (le Qi Gong Yang Sheng), me sont revenus à l’esprit les exercices d’échauffement proprioceptifs pratiqués le matin avec Benoit Lesage et que je n’avais pas refaits depuis le dernier stage. Parmi les nombreux exercices proposés, il m’est apparu nettement que 8 de ces exercices pouvaient se rassembler en une série de Qi Gong susceptible à elle seule de rééquilibrer l’ensemble des chaînes musculaires et d’harmoniser le fonctionnement de l’ensemble des merveilleux vaisseaux.

Benoît Lesage consulté se révéla enthousiaste à l’idée que je réalise le projet de construire un Qi Gong à partir de ces exercices.

J’entrepris donc un processus de réflexion et de mise en forme de ces mouvements dans le sens de la pratique des Arts Internes, commençant ce que l’on peut appeler «la composition » d’une série de  Qi Gong, comme on compose un morceau de musique ou une peinture, à partir d’une intention, ou d’une intuition et en s’appuyant sur l’ensemble de ses connaissances et de ses ressentis.

Les 8 exercices s’étant imposés d’eux mêmes à mon esprit, je n’avais donc pas à les choisir mais plutôt à les ordonner et à les remodeler, pour certains très peu, pour d’autres beaucoup plus, afin de les rendre conformes à l’esprit et à l’intention de la pratique.

Puisque j’avais la conviction du lien existant entre les chaînes musculaires et les merveilleux vaisseaux, j’ai ensuite essayé de ressentir la circulation de l’énergie mise en place dans cette gestuelle destinée à harmoniser les chaînes musculaires et de voir quels étaient les merveilleux vaisseaux, les méridiens ou les organes concernés. Ce travail a effectivement confirmé mon ressenti du lien existant entre les chaînes musculaires et les merveilleux vaisseaux. Quelques modifications ont encore dues être apportées à ce stade pour harmoniser le geste avec la circulation de l’énergie dans ces méridiens de structure.

Puis j’ai cherché, le plus souvent encore par le ressenti, les points d’attention précis sur lesquels placer son esprit pour faciliter la mise en circulation de l’énergie dans tel ou tel méridien, dans tel ou tel organe ou dans telle partie du corps.

Et j’ai placé le mode et le rythme de la respiration afin d’obtenir l’efficacité la plus complète pour chaque geste.

Le moment était venu de nommer chacun de ces 8 mouvements. Je l’ai fait en utilisant la symbolique de la pensée chinoise, en fonction des effets respectifs de chaque geste, comme cela se fait dans les différentes séries existantes.

Enfin, j’ai réfléchi au nom que je pouvais donner à ce Qi Gong, afin que ce nom  en exprime le plus clairement possible, l’esprit et les effets.

Toujours enthousiaste à la lecture de cette réalisation, Benoît Lesage est venu par deux fois à Joannas, d’une part pour pratiquer cette série, d’autre part afin que nous finissions de l’affiner ensemble.

Quelques modifications ont alors été apportées. Entre autre, le nom que j’avais trouvé ne faisant pas l’unanimité, j’en ai cherché un autre, qui est celui en usage actuellement : le Yang Sheng Ba Shi : les 8 exercices pour nourrir la vie. Nom qui exprime effectivement très bien le contenu de cette pratique.

Un des gestes qui m’était venu à l’esprit au départ ne nous semblant finalement pas opportun, nous avons préféré le mettre dans les exercices de préparation ou il semble mieux à sa place et Benoît Lesage en a proposé un autre pour compléter la série. Il me semblait en effet opportun vu la symbolique du chiffre 8 dans la pensée chinoise et le lien entre cette pratique et les 8 merveilleux vaisseaux de garder un ensemble de 8 mouvements.

Comme toutes les séries de Qi Gong, cette série, fruit d’une collaboration entre Benoît Lesage et moi-même, va beaucoup plus loin que la seule réharmonisation de la structure corporelle. Elle  englobe le niveau énergétique et elle le fait à un niveau très profond puisqu’elle s’adresse principalement aux méridiens curieux qui sont comme on l’a vu précédemment les méridiens qui établissent et maintiennent la structure fondamentale de chaque personne durant toute sa vie. Elle s’adresse également  au cœur et à l’esprit qu’elle conduit : l’un vers la paix, l’autre vers la clarté.

Je voudrais ici remercier mon maître Minoru Hoshino qui m’a permis de découvrir ces magnifiques pratiques que sont le Qi Gong et le Tai Ji Quan et qui m’accompagne depuis 1986 dans cette voie. Sans son enseignement à la fois riche et profond mais aussi calme et joyeux, le Yang Sheng Ba shi n’aurait certainement pas existé.

Je remercie également Benoît Lesage pour son enseignement sur la conscience corporelle et sur les chaînes musculaires qui m’ont ouvert des horizons nouveaux. Je le remercie également pour avoir cru possible cette réalisation, ainsi que pour sa collaboration dans l’élaboration de ce Qi Gong.

Un grand merci également à tous les enseignants qui m’ont permis d’avancer dans cette voie et à mes élèves toujours enthousiastes, qui m’accompagnent depuis si longtemps dans mon cheminement et qui apprécient pleinement le Yang Sheng Ba Shi.

Enfin, merci à Zef, mon compagnon depuis bientôt 40 ans. Sans qui aucune de nos réalisations n’auraient pu voir le jour.

Je souhaite que cette série du Yang Sheng Ba Shi reste vivante et que comme toutes les séries de Qi Gong, elle continue à évoluer. Je souhaite également qu’elle réalise ses objectifs qui sont non seulement le rétablissement d’une bonne santé corporelle mais également l’ouverture du cœur et de l’esprit.

Et je suis convaincue que si sa composition a été opportune, le Yang Sheng Ba Shi aura une longue vie !

à Joannas, en janvier 2013
Dominique Banizette

Vous pouvez aussi lire les commentaires d’une chorégraphe sur cette série : « le Yang Sheng Ba Shi par Evelyne Castellino »

Vide-plénitude dans la pratique en mouvement


C’est une des bases du Qi Gong que chacun connaît mais ne maîtrise pas forcément. Dans un langage imagé, Dominique Banizette directrice de l’Ecole du Qi nous invite à une révision où chacun se sentira intimement concerné.

article paru dans le bulletin fédéral de la FEQGAE en janvier 2012

 

← retour page précédente

Le vide et le plein, on pourrait dire le yin et le yang, je préfère d’ailleurs dire le « yin yang ». Le « et » de notre langue induisant une idée de côte à côte comme une chemise « et » un chapeau, alors que le « yin yang » est plutôt comme nos 2 pieds ou comme nos 2 luminaires (le soleil et la lune), l’un et l’autre toujours présents, cohabitent, coexistent, en permanence même si notre œil ou notre esprit ne perçoivent pas toujours les deux en même temps.

« Vide et plénitude » participent du même fonctionnement et sont ainsi fait qu’ils coexistent eux aussi en permanence. Le vide contient la matière et la matière est composée en grande partie de vide. Les personnes qui dans la Chine ancienne ont élaboré ce principe étaient sûrement de grands observateurs et sûrement aussi de grands pratiquants. Ils ont en effet construits et développé les pratiques corporelles : Qi Gong, Tai Ji Quan, Kun Fu … Entre autre sur l’observation et l’application de ce principe de base qui est un des grands principes de la vie.

En effet, si une chose reste toujours pleine ou si elle reste toujours vide, alors la vie se dérobe. Vous avez sûrement déjà essayé de garder vos poumons pleins ou vides ne serait ce que quelques instants ! On ne peut tenir bien longtemps ! Vous pouvez aussi essayer de garder vos 2 pieds fermement remplis sur le sol. Vous observez alors que vous ne pouvez plus bouger. Il faut aller vers « le vide » pour que la fluidité du mouvement puisse apparaître. Mais si vous videz complètement les 2 pieds, ils ne peuvent plus vous tenir non plus et vous tombez. Il faut aller vers « le plein » pour pouvoir trouver la tonicité du mouvement. Nous savons bien d’ailleurs que la marche consiste à vider un pied pendant que l’autre se remplit.

La vie est mouvement elle s’exprime en permanence par la coexistence  du vide et du plein comme par le passage de l’inspire à l’expire et de l’expire à l’inspire.

Les mouvements de Qi gong reproduisent en permanence ce principe vital. Un pied se vide pendant que l’autre se remplit, un bras se vide pendant que l’autre se remplit, l’axe se remplit pendant que la périphérie se vide, le haut se vide pendant que le bas se remplit.

De même dans une alternance yin yang entre les différentes directions, un mouvement vers le haut suit et précède un mouvement vers le bas, un mouvement vers l’avant suit et précède un mouvement vers l’arrière, et c’est la même chose avec les mouvements à droite et à gauche.

En associant à l’infini les différentes directions, les vides et les plénitudes, on obtient une infinité de mouvements tous basés sur cette coexistence du yin yang, tous s’inscrivant dans le mouvements de la vie et donc tous dans l’harmonie et l’équilibre qui soutiennent la santé.

Dans la pratique nous disposons de 2 outils majeurs pour exprimer cela. Ce sont d’ailleurs ceux que nous utilisons pour vivre et ce sont nos 2 exemples de tout à l’heure. D’une part, les rythmes, et en particulier celui de la respiration, de l’autre, l’appui des pieds sur le sol qui nous place sur un axe vertical et permet la mobilité.

Les mouvements de Qi Gong sont accompagnés, rythmés, par l’alternance du vide et du plein de la respiration, mais ils sont aussi impulsés par l’appui des pieds sur le sol. On dit dans la pratique que : le geste se déploie à partir du centre. C’est exact, mais que l’on soit debout ou assis, il est nécessaire que le centre s’appuie sur la terre pour pouvoir déployer ce geste, par l’intermédiaire des pieds si on est debout ou des ischions si on est assis. Si le centre n’a pas cet appui il ne peut agir.

Nous pouvons expérimenter cela avec un geste simple. Placez par exemple vos pieds parallèles et prenez l’énergie du ciel en laissant vos bras s’élever latéralement paumes vers le ciel. Faites ce geste sans utiliser le bas du corps, en laissant juste les bras s’élever depuis les épaules et les paumes aller contacter le ciel. Sentez, observez ce qui se passe.

Faites maintenant ce même geste en vous laissant préalablement descendre vers la terre jusqu’à ce que vos pieds établissent un contact si intime avec la terre qu’ils auront envie de prendre appui sur le sol pour vous repousser vers le haut. Laissez les faire et laissez cette poussée des pieds sur le sol élever vos bras latéralement et amener vos paumes de mains au contact de l’énergie du ciel.

Ce n’est plus un mouvement d’épaule que vous faites alors, et ce ne sont plus seulement les paumes qui vont contacter le ciel. C’est l’ensemble de votre personne qui, impulsée par la poussée des pieds sur la terre va contacter l’énergie du ciel. Peut être pouvez vous sentir simultanément le calme de l’esprit et la détente du haut du corps induits par la sensation de puissance du bas du corps.

Dans la deuxième partie de ce geste, quand vous accompagnez l’énergie du ciel jusqu’au Dan Tian inférieur, veillez de même à ce que la pression des pieds sur le sol se relâche progressivement, tout en gardant le lien de Bai Hui avec le ciel. Laissez l’ensemble de votre corps glisser le long de votre axe vers la terre en étant attentif à vider les plis de l’aine et les genoux pour que votre poids redescende jusque dans les pieds. C’est alors la descente de l’ensemble de votre corps vers le sol qui va conduire l’énergie du ciel vers le Dan Tian inférieur et non plus uniquement vos mains.

Et si vous accompagnez cela par la respiration et la pensée (Yi) la mise en circulation du Qi du ciel sera encore bien plus présente.

De la même façon, vous pouvez faire l’expérience d’utiliser la poussée d’un seul pied pour vous propulser vers l’avant ou vers l’arrière.

Placez vous en pas d’arc et gardez 100% de votre poids sur votre pied arrière. Laissez s’établir un contact intime entre votre pied arrière et le sol en vous laissant tranquillement descendre comme si vous étiez absorbé par l’énergie de la terre. Veillez encore une fois à bien laisser les plis de l’aine et les genoux se vider. Veillez aussi à garder vide la jambe avant. Puis comme dans l’exercice précédent,  quand votre pied arrière a établi un contact si intime avec l’énergie de la terre que le geste a envie de se transformer et que le yin appelle le yang, laissez votre pied vous pousser non plus vers le haut mais vers l’avant.

 

Allez doucement, prenez le temps de goûter le passage du vide au plein de votre jambe avant et simultanément le passage du plein au vide de votre jambe arrière. Goûtez la détente qui s’installe dans le haut du corps et la puissance stable du bas du corps et du bassin. Faites de même en laissant votre pied avant vous repousser vers l’arrière, paisiblement, tranquillement pour transformer à nouveau cette plénitude de la jambe avant en vide et retrouver simultanément la plénitude de la jambe arrière.

Toute notre pratique est ainsi construite dans une alternance simultanée de manifestations de plein, de vide, de yin, de yang. Le vide étant issu et contenu dans le plein et vice et versa.

Prenez le temps de laisser s’inscrire cela dans votre pratique, de le savourer comme peut être vous savourez le passage de l’aube ou du crépuscule dans leur beauté resplendissante. Le plaisir que l’on éprouve à pratiquer dans cette présence du passage de la transformation n’est pas moindre que celui que l’on éprouve devant la beauté de l’aube ou du couchant. Il demande juste que l’on s’y arrête un instant.

Dominique Banizette

telecharger en pdf

 pour le télécharger
en pdf

L’état de Qi Gong

Ce que l’on appelle l’état de Qi Gong se définit par un état de calme et d’ouverture tant intérieur, qu’extérieur, dans lequel, le corps est relâché mais tonique, l’esprit est au repos mais présent, les émotions sont apaisées, la respiration est calme et fluide.

 

Le Qi présent, dense, circule librement et remplit tout le corps. La conscience est en éveil, présente à toute chose, mais dans la sérénité du moment. La notion de temps s’efface pour laisser la place à l’instant.

Le mouvement, interne ou externe, peut alors se déployer librement, car c’est l’énergie interne en circulation qui produit le geste.

L’esprit est disponible pour ce qui est là. Le Yi peut alors conduire le Qi dans une intention précise, que le corps détendu et ouvert laisse circuler aisément.

 

En résumer on peut dire de « l’état de Qi Gong » : un corps et un esprit libres et ouverts à tous les possibles.

 

Pour parvenir à ce niveau de pratique, il n’y a qu’un secret : la pratique. Mais il y a en plus une nécessité, c’est que cette pratique qui est comme nous venons de le voir, loin d’être une simple gymnastique, soit conduite par un professeur compétant, ayant lui-même longuement expérimenté et longuement cheminé dans cet « état de Qi Gong ».

Si tel n’est pas le cas, le risque est de ne jamais contacter cette dimension énergétique de la pratique du Qi Gong et d’en rester à une gymnastique de santé. Ce qui n’est déjà pas si mal et qui peut aussi être un choix.

Plus grave, un autre risque est d’être mal conduit sur ce chemin énergétique et de se retrouver dans des chemins de traverses ou sur une voie de garage qui ne mènerons jamais à cette dimension interne de la pratique.

 
Joannas     Mai 2006
Dominique Banizette

telecharger en pdf

 pour le télécharger
en pdf

L’ouverture des articulations.

La pratique du Qi Gong comme celle du Tai Ji Quan et des Arts énergétiques internes demande une attention particulière en ce qui concerne les articulations et les tendons. Beaucoup de tensions s’accumulent au cours de notre vie quotidienne dans les articulations et les tendons, créant ainsi des blocages dans la circulation énergétique du corps.

Lorsqu’on débute dans la pratique, une des plus grosses difficultés est de trouver la détente musculaire et articulaire qui permet la fluidité du geste.

 Pratiquer doit se faire avec la même détente musculaire et articulaire que lorsque l’on nage très paisiblement dans une eau à température agréable.

L’air est un fluide au même titre que l’eau et le pratiquant de Qi Gong nage véritablement dans l’air. L’air est pour lui quelque chose de palpable sur lequel il peut prendre appui, comme on prend appui sur l’eau lorsque l’on nage.

Lorsque vous nagez paisiblement, tout votre corps participe, vous ne bougez pas seulement les bras, ou les jambes, mais sans vous en rendre compte, sans avoir besoin d’y penser, votre corps entier participe au léger mouvement qui vous permet de vous maintenir dans l’eau. Il suffit de bouger simplement un bras par exemple, pour sentir que ce mouvement se répercute dans tout votre corps et le mobilise.

Le mouvement ainsi créé en entraîne un autre, qui lui même en entraîne un autre …
Et vous vous sentez dans un bien être tel que même votre esprit se détend.

La présence de l’eau qui nous porte et nous enveloppe permet à nos muscles et à nos articulations de se détendre, autorisant ainsi le libre passage de l’énergie à l’intérieur de notre corps. Il devient alors possible de retrouver la sensation d’unité de notre corps et donc la fluidité de nos gestes.

Lorsque l’on bouge une partie de notre corps, même d’une manière très petite, tout le reste du corps est concerné, car à l’intérieur de nous, il n’y a pas de séparation, pas de cloisonnement.

Si nous n’avons pas cette sensation d’unité, c’est que nos tensions corporelles, musculaires et articulaires, créent une séparation et empêchent le passage de l’énergie donc du mouvement.

Comme la présence de l’eau qui nous porte, le Qi dans lequel le pratiquant se déplace permet de dissoudre les tensions et de retrouver l’unité qui est en nous. C’est ce qui explique le sentiment de bien être à la fois corporel et mental que nous éprouvons alors.

Le pratiquant de Qi Gong et Arts énergétiques internes accède donc à cette sensation de détente et d’unité dans l’air, car il pratique dans la présence du Qi qui permet la détente musculaire et articulaire. Le mouvement alors n’est pas induit par la force musculaire mais par l’énergie qui circule librement  à l’intérieur du corps.

L’énergie interne prend sa source dans le Dan Tian. A partir de ce « lieu source », elle circule comme un fluide, ouvre les articulations et se diffuse dans toutes les parties du corps en même temps permettant au mouvement de se développer harmonieusement.

Document de  » l’école du Qi »
Joannas Avril 2000
Dominique Banizette

Le désert m’a bluffée.

J’y suis allée. Non pas parce que c’est à la mode, mais parce que l’on me l’a proposé. Alors j’ai dit oui. Je trouvais dommage de refuser.

Je n’en attendais rien.

Si ce n’est de passer un bon moment avec mes élèves, de faire un bon séminaire. Après tout, ce devait être agréable d’y faire du Qi Gong.

 

Je savais, ou plutôt, je croyais savoir, que dans le désert, il n’y a rien : le ciel, le sable, les dunes.

J’avais tort de savoir.

 

En réalité, dans le désert, il y a bien plus que le sable, il y a bien plus que le ciel, il y a tout. Tout est là, contenu dans cette absence, qui est en réalité une présence. Tout est là, en dehors et en dedans de vous.

Vous êtes simplement posé sur vos deux pieds. Autour de vous ….. presque rien : le ciel, le sable, les dunes. Presque rien, mais ….. l’immensité de la vie.

Et cette présence immense fait que notre être n’arrive plus à rester contenu dans les limites de sa peau. Dans ce « petit Moi » posé là, au milieu de cet immense rien. Alors lui aussi il grandit, il s’expanse, il prend sa dimension réelle, il devient tout.

 

Après ….. les bras s’ouvrent, c’est ce que le corps a de plus grand. La tête se renverse comme pour témoigner au ciel et un rire sort, un rire immense, gigantesque, un rire sans limites qui se répand dans un espace sans limites et qui seul peut exprimer ce bonheur-là.

C’est un bonheur inouï, tellement fort, tellement grand et à la fois tellement serein de ressentir cette dimension de la vie.

L’être humain n’est pas ce qu’il croit être, il n’est pas contenu à l’intérieur de sa petite peau. Son espace ne mesure pas quelques centimètres cubes.

L’être humain est vaste comme l’univers, il contient tout. Et à cette échelle-là, « le petit Moi » se réduit jusqu’à se dissoudre dans l’infinitude.

 

Alors il ne reste plus qu’une immense sensation d’ouverture que l’on peut nommer Amour, mais parce que l’on a pas d’autres mots.

Seulement, cet amour là ne vient pas du cœur, il ne vient pas du corps, il est partout, dans chaque atome du soleil, dans chaque grain de sable du désert, dans chaque molécule de l’air, dans chaque cellule de notre corps, dans chaque élément de l’espace infini qui nous compose et qui compose la vie. Il est le vide qui les relie et qui les fait danser. Il est la Vie elle-même.

 

Je ne riais plus. Je sentais des larmes couler sur mes joues. C’était des larmes de bonheur et de gratitude.

Devant moi, le soleil disparaissait derrière une dune. J’étais le soleil, j’étais la dune, j’étais le désert ….. et j’étais là, assise sur le sable, remplie de reconnaissance pour cette Vie qui à chaque instant se répand partout et nous nourrit sans que nous n’en sachions jamais rien.

 

Texte écrit au retour du désert en Janvier 2000.
Dominique Banizette.

Téléchargez un article en pdf

← retour page précédente